Skip to content

Marnière ou cavité souterraine près d'un bien : ce qu'il faut vérifier avant d'acheter

2a Architecte
· 6 min de lecture
immobilier travaux
Maison individuelle sur un terrain herbeux en bordure de champ

Marnière ou cavité souterraine près d’un bien : ce qu’il faut vérifier avant d’acheter

Dans une partie de la Normandie, le sous-sol a été creusé pendant des siècles. Les agriculteurs extrayaient la craie, la marne, pour amender leurs terres, en descendant un puits puis en ouvrant des galeries au fond. D’autres secteurs ont été exploités pour la pierre à bâtir. Caen et certaines communes voisines sont connues pour leurs anciennes carrières souterraines de pierre, dont une partie se trouve sous des quartiers construits.

La plupart de ces vides ont été oubliés. Les puits ont été rebouchés sommairement, les galeries n’ont jamais été cartographiées, et il arrive qu’un affaissement apparaisse des décennies plus tard dans un champ, un jardin ou sous une construction. Pour quelqu’un qui achète, surtout un terrain à bâtir ou une maison qu’il compte agrandir, la question mérite d’être posée avant la signature.

Une information qui ne figure pas toujours dans le dossier de vente

Le réflexe naturel est de compter sur l’état des risques remis par le vendeur. Ce document signale les plans de prévention des risques qui s’appliquent à la commune, dont ceux qui portent sur les mouvements de terrain lorsqu’il en existe. Mais toutes les communes concernées par des cavités ne disposent pas d’un tel plan, et une cavité connue de la mairie peut très bien ne pas apparaître dans l’état des risques. Le contenu et les limites de ce dossier sont présentés dans l’article sur les diagnostics obligatoires avant une vente.

Le code de l’environnement prévoit par ailleurs que toute personne qui a connaissance d’une cavité souterraine ou d’une marnière susceptible de s’effondrer en informe le maire. Un vendeur qui sait qu’un indice a été repéré sur son terrain a donc intérêt à le dire. S’il le tait, l’acheteur pourra éventuellement se retourner contre lui, mais c’est une procédure longue dont on se passe volontiers.

Où chercher l’information

Plusieurs sources se complètent, et aucune n’est exhaustive.

Le PLU de la commune est la première à consulter. Dans les secteurs où le sujet est connu, le règlement graphique fait souvent apparaître les indices de cavités, entourés d’un périmètre de sécurité de plusieurs dizaines de mètres, dans lequel les constructions nouvelles sont interdites ou très encadrées tant que le risque n’a pas été levé. La taille de ce périmètre et les règles applicables varient d’une commune à l’autre.

Le service urbanisme de la mairie dispose parfois d’informations plus détaillées que le plan lui-même : signalements anciens, études déjà réalisées sur une parcelle voisine, arrêtés pris après un effondrement. Une demande de certificat d’urbanisme peut aussi faire ressortir ces contraintes de façon écrite.

Le site public Géorisques recense les cavités souterraines connues à partir d’un inventaire national. C’est une bonne base pour un premier repérage, à condition de garder en tête qu’il ne montre que ce qui a été déclaré.

Enfin, les gens du coin savent souvent des choses que les cartes ignorent. Un ancien qui se souvient d’un trou rebouché au fond d’une pâture, une dépression circulaire dans un champ voisin, un nom de lieu-dit évocateur. Rien de tout cela n’a de valeur juridique, mais ce sont des indices à prendre au sérieux.

Ce que change un indice de cavité pour un terrain à bâtir

Sur un terrain situé dans un périmètre de sécurité, un permis de construire risque fort d’être refusé, ou accordé seulement avec des prescriptions. Même hors périmètre identifié, le code de l’urbanisme permet à l’administration de refuser ou d’encadrer un projet qui présente un risque pour la sécurité publique.

Pour lever le doute, il faut en général faire réaliser une étude par un bureau spécialisé. Elle peut commencer par une recherche en archives, se poursuivre par un décapage du terrain pour retrouver un ancien puits, puis par des sondages ou des méthodes géophysiques pour repérer des vides en profondeur. Si une cavité est confirmée, des travaux de traitement sont parfois possibles, comme le comblement des galeries, mais leur coût peut être élevé et difficile à estimer avant les investigations.

Tant que ce point n’est pas réglé, signer un achat sans condition revient à acheter un terrain dont on ne sait pas s’il est constructible. Les précautions générales à prendre sont rappelées dans l’article sur l’achat d’un terrain à bâtir, et l’étude de sol obligatoire dans certaines zones ne remplace pas une recherche de cavités : elle ne porte pas sur les mêmes questions.

Et pour une maison déjà construite

Une maison existante située près d’un indice n’est pas forcément en danger. Beaucoup de constructions anciennes sont posées depuis longtemps à proximité de marnières sans avoir jamais bougé. Mais la situation pèse sur la suite.

Un projet d’extension, d’annexe ou de piscine peut se heurter aux mêmes règles qu’une construction neuve si la parcelle est dans un périmètre de sécurité. Les travaux qui changent l’emprise au sol ou qui créent des surfaces nouvelles sont les plus exposés. Avant d’acheter dans l’idée d’agrandir, il vaut mieux vérifier ce que le PLU autorise réellement sur cette parcelle, en suivant la même logique que pour choisir entre permis et déclaration préalable.

Lors de la visite, quelques signes méritent attention : un affaissement localisé dans le jardin, des fissures récentes et franches dans les murs, une terrasse qui s’est désolidarisée de la maison. Ils peuvent avoir bien d’autres causes, et l’article sur ce qu’indiquent les fissures aide à les lire, mais dans un secteur connu pour ses cavités, ils justifient l’avis d’un professionnel.

La revente future fait aussi partie du calcul. Un bien grevé d’un périmètre de sécurité intéresse moins d’acheteurs, en particulier ceux qui ont un projet de travaux.

Assurance et aides : des réponses à demander, pas à supposer

L’indemnisation d’un effondrement dépend de nombreux paramètres, dont l’origine de la cavité et la reconnaissance éventuelle d’un état de catastrophe naturelle. Une marnière creusée par l’homme ne relève pas forcément du même régime qu’une cavité naturelle. Il vaut mieux poser la question précisément à son assureur avant l’achat, par écrit, plutôt que de supposer que tout sera couvert.

Des financements publics peuvent, sous conditions, prendre en charge une partie des études ou des travaux de traitement d’une cavité menaçant des habitations. Leurs modalités évoluent, et les services de l’État dans le département ou la mairie sont les mieux placés pour indiquer ce qui s’applique au moment du projet.

Se protéger dans l’avant-contrat

Lorsqu’un doute existe, l’avant-contrat est l’endroit où le traiter. Une condition suspensive liée à l’obtention du permis de construire protège déjà l’acheteur d’un terrain. Il est aussi possible de prévoir une condition liée au résultat d’une étude de recherche de cavités, en précisant qui la commande, qui la paie et dans quel délai. Les clauses de ce type sont abordées dans l’article sur le compromis de vente quand des travaux sont en jeu.

Le notaire peut aider à rédiger ces conditions et à interroger les services compétents. Ce qui compte, c’est que la question soit posée avant de s’engager, quand il est encore possible de négocier, de différer ou de renoncer.

Cet article vous a été utile ?

Découvrez tous nos autres guides et conseils sur la maison, les travaux, la déco et l'immobilier.

Dans la même thématique

Voir tous les articles →