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Acheter un local commercial pour en faire un logement : les vérifications avant de signer

2a Architecte
· 6 min de lecture
immobilier travaux
Ancienne boutique en rez-de-chaussée d'un immeuble de centre-bourg, vitrine fermée

Acheter un local commercial pour en faire un logement : les vérifications avant de signer

Dans beaucoup de centres-bourgs et de quartiers anciens, des boutiques ferment et ne retrouvent pas preneur. Certaines sont mises en vente à un prix qui paraît attractif comparé aux appartements voisins. L’idée de les transformer en logement vient naturellement, d’autant que ces locaux ont souvent une belle hauteur sous plafond et une surface généreuse.

Le projet est souvent faisable. Mais un local commercial n’est pas un logement, et l’écart entre les deux ne se règle pas uniquement par des travaux. Une partie des vérifications doit être faite avant la signature du compromis, parce qu’elle peut tout simplement empêcher le projet.

Le changement de destination, une autorisation à obtenir

Le code de l’urbanisme classe les constructions selon leur destination : habitation, commerce et activités de service, bureaux, exploitation agricole, etc. Passer d’un commerce à un logement est un changement de destination. Il ne se fait pas de sa propre initiative, il doit être autorisé.

En règle générale, si le changement de destination ne s’accompagne d’aucune modification de la structure porteuse ni de la façade, une déclaration préalable suffit. S’il s’accompagne de l’un ou de l’autre, il faut un permis de construire. Or dans la grande majorité des transformations de boutiques, la vitrine est remplacée par une façade avec des fenêtres et une porte d’entrée. On bascule donc le plus souvent vers le permis.

La logique est proche de celle qu’on retrouve pour transformer une grange en habitation, même si les contraintes techniques diffèrent beaucoup. Le dossier comprend notamment les plans avant et après travaux et une représentation de la nouvelle façade, comme pour un dossier de déclaration préalable plus étoffé.

Le PLU peut interdire la transformation

C’est le point qui surprend le plus d’acheteurs. Pour préserver l’animation des rues commerçantes, une commune peut inscrire dans son PLU des linéaires commerciaux protégés. Sur ces portions de rue, le changement de destination des rez-de-chaussée commerciaux vers l’habitation est interdit ou strictement encadré.

L’information se trouve dans le règlement et les documents graphiques du PLU, consultables en mairie ou en ligne pour beaucoup de communes. Un passage au service urbanisme avec l’adresse précise permet souvent de lever le doute rapidement. Pour aller plus loin avant d’acheter, un certificat d’urbanisme donne un état des règles applicables à la parcelle, à garder à l’esprit qu’un certificat opérationnel portant sur le projet précis est plus utile qu’un simple certificat d’information.

Dans un secteur protégé, l’architecte des bâtiments de France donne en plus son avis sur la nouvelle façade. Le dessin des fenêtres, les matériaux et les teintes seront regardés de près, surtout si la devanture d’origine a un intérêt patrimonial. Les attentes habituelles sont décrites dans l’article sur les travaux en secteur ABF.

Un bail commercial en cours ne s’efface pas avec la vente

Si le local est encore loué à un commerçant, l’acheteur reprend le bail commercial. Ce type de bail protège fortement le locataire : il bénéficie en principe d’un droit au renouvellement, et un refus de renouvellement sans motif grave donne généralement droit à une indemnité d’éviction, dont le montant peut être élevé.

Acheter un local occupé pour le transformer en logement suppose donc d’avoir vérifié avec le notaire la date d’échéance du bail, les conditions de sortie et le coût probable d’une libération des lieux. Un local vendu libre de toute occupation simplifie beaucoup les choses.

En copropriété, le règlement a son mot à dire

Beaucoup de boutiques occupent le rez-de-chaussée d’un immeuble en copropriété. Le règlement de copropriété précise la destination de chaque lot et celle de l’immeuble. Certains règlements autorisent l’usage d’habitation pour tous les lots, d’autres réservent expressément le rez-de-chaussée au commerce.

Selon la rédaction du règlement, le changement d’usage peut nécessiter un vote en assemblée générale, et la modification de la façade, qui est en général une partie commune, en demande un dans presque tous les cas. La répartition des charges peut aussi être revue. Il est utile de lire le règlement avant le compromis et de regarder les derniers procès-verbaux, en suivant la même démarche que pour vérifier les travaux votés en copropriété.

Ce que le local devra devenir pour être habitable

Une fois l’autorisation possible, la question devient technique. Un ancien commerce présente souvent les mêmes faiblesses.

La lumière d’abord. Une boutique est en général profonde et étroite, éclairée uniquement par sa vitrine. En remplaçant celle-ci par des fenêtres plus petites, on perd de la lumière, et l’arrière du local devient sombre. Les chambres doivent avoir une fenêtre : il faut parfois les placer côté rue, ou côté cour quand une ouverture est possible à l’arrière.

L’intimité ensuite. Un logement de plain-pied sur rue est exposé aux regards et au bruit. Les allèges hautes, les vitrages traités ou une organisation qui place les pièces de vie côté rue et les chambres à l’arrière aident à vivre normalement.

Le sol pose souvent question. Beaucoup de commerces reposent sur une dalle posée directement sur terre-plein, sans isolant ni coupure de capillarité. Le froid et l’humidité remontent, ce qui se traite plus difficilement après coup. Les causes et traitements de l’humidité dans les murs anciens valent aussi pour les rez-de-chaussée commerciaux.

Les réseaux, enfin, sont à reprendre presque entièrement : création d’une cuisine et d’une salle d’eau avec des évacuations qui n’existaient pas toujours, ventilation de logement, chauffage, compteurs à adapter. La hauteur sous plafond, souvent confortable, permet parfois de faire passer ces réseaux dans un faux plafond ou de créer une mezzanine.

Sécuriser l’achat

L’erreur classique est de signer un compromis sans condition, puis de découvrir que le changement de destination n’est pas possible. Il est possible de prévoir dans l’avant-contrat une condition suspensive d’obtention de l’autorisation d’urbanisme, à négocier avec le vendeur. Cela suppose de préparer le dossier rapidement, souvent avec l’aide d’un architecte, puisque le recours à un architecte peut être obligatoire au-delà d’un certain seuil de surface ou simplement utile pour dessiner une façade acceptable.

Le prix d’achat bas d’un local commercial ne dit rien du coût total. Entre la nouvelle façade, l’isolation, les réseaux et l’aménagement intérieur, le chantier s’apparente à une rénovation lourde. Faire chiffrer ces travaux avant de faire une offre est le seul moyen de savoir si l’opération reste intéressante par rapport à un appartement déjà habitable dans le même quartier.

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