Diviser une grande pièce pour créer une chambre : ce qui décide du projet
Diviser une grande pièce pour créer une chambre : ce qui décide du projet
Une naissance, un enfant qui ne veut plus partager sa chambre, un bureau devenu indispensable. Quand la maison manque d’une pièce, la grande chambre de 20 m² ou le séjour un peu trop vaste deviennent vite des candidats. Poser une cloison, c’est rapide et assez peu coûteux. Obtenir deux pièces agréables à vivre l’est beaucoup moins si l’on n’a pas regardé quelques points avant de tracer le trait au sol.
La cloison elle-même pose rarement problème. Ce qui fait réussir ou échouer le projet, c’est presque toujours la lumière, l’accès et ce qui se passe de part et d’autre du mur une fois qu’il est monté.
Chaque moitié a besoin de sa fenêtre
C’est le premier critère, et il élimine beaucoup de plans. Une chambre sans fenêtre n’est pas une chambre au sens où on l’entend habituellement. Pour un logement mis en location, les critères de décence demandent que les pièces principales disposent d’un éclairement naturel suffisant et d’une ouverture donnant sur l’extérieur. Même chez soi, une pièce aveugle reste une pièce où l’on ne dort pas bien, où l’air se renouvelle mal et que l’on aura du mal à valoriser à la revente.
Dans la pratique, la division fonctionne bien quand la pièce d’origine a deux fenêtres, sur la même façade ou sur deux façades différentes. La cloison vient alors s’appuyer entre les deux, sur le trumeau, c’est-à-dire la portion de mur plein qui les sépare. Si ce trumeau est étroit, la cloison doit tomber pile au bon endroit, ce qui impose parfois des pièces de largeurs un peu différentes.
Quand il n’y a qu’une fenêtre, il reste des pistes, mais elles sont moins confortables. On peut créer une nouvelle ouverture en façade, ce qui relève d’une autorisation d’urbanisme et d’une vérification de la structure : les démarches pour créer une ouverture dans une façade sont détaillées à part. On peut aussi faire passer de la lumière en second jour, avec une imposte vitrée ou une verrière intérieure en partie haute de la cloison. Cela éclaire, mais ne remplace pas une vraie fenêtre pour une pièce où l’on dort.
Penser à l’accès avant la surface
Une chambre doit pouvoir être rejointe sans traverser une autre chambre. C’est une évidence sur le papier, beaucoup moins dans une pièce qui n’a qu’une porte, au milieu d’un mur.
Plusieurs solutions existent. Si la pièce donne sur un couloir assez long, on perce une seconde porte dans la cloison existante côté couloir. Si elle ne donne que sur une autre pièce, il faut parfois sacrifier une bande de 90 cm à 1 m le long de la cloison pour créer un petit dégagement. Ce couloir mange de la surface : sur une pièce de 18 m², on se retrouve vite avec deux chambres de 7 ou 8 m², ce qui reste vivable pour un enfant mais devient étroit pour un lit double avec ses rangements.
Percer une porte dans un mur existant demande de savoir ce qu’il porte. Une cloison de distribution se perce assez facilement. Un mur de refend, plus épais, peut soutenir un plancher ou une charpente, et l’ouverture demande alors un linteau dimensionné. Les indices pour distinguer une cloison d’un mur porteur valent aussi pour une simple porte.
Quelle surface pour une chambre
Il n’existe pas de surface minimale légale pour une chambre dans un logement que l’on occupe soi-même. Les règles de décence fixent des minimums pour l’ensemble d’un logement loué, pas pour chaque pièce. Les agences retiennent souvent une surface d’environ 9 m² comme repère pour annoncer une chambre, mais c’est un usage, pas une obligation.
Le plus utile est de raisonner en mobilier. Un lit de 90 x 190 cm avec un bureau et une armoire tient dans 7 à 8 m² bien dessinés. Un lit de 140 ou 160 cm avec un passage confortable des deux côtés demande plutôt 10 m² et plus. Tracer les meubles à l’échelle sur un plan, ou au ruban adhésif au sol, évite de découvrir après coup que la porte bute contre le lit.
Chauffage, électricité, ventilation : ce que la cloison coupe en deux
Une grande pièce a souvent un seul radiateur, un seul point lumineux au plafond et quelques prises réparties sans logique particulière. La cloison va laisser tout cela d’un seul côté.
Côté chauffage, il faut prévoir un émetteur dans la pièce qui n’en a pas. Avec un chauffage central, cela suppose de prolonger le réseau, ce qui est plus simple si les tuyaux passent à proximité. Un radiateur électrique est plus facile à poser, mais pèse sur la facture si la maison est mal isolée.
Côté électricité, chaque nouvelle pièce doit avoir son éclairage commandé depuis l’entrée et ses prises. La norme NF C 15-100 prévoit au moins trois prises de courant dans une chambre. Dans une maison ancienne, c’est souvent l’occasion de découvrir que le tableau ou les circuits ne suivent plus : un diagnostic de l’installation électrique aide à savoir s’il suffit d’étendre un circuit ou s’il faut reprendre davantage.
La ventilation est le point le plus souvent oublié. Si la pièce d’origine avait une entrée d’air sur une seule fenêtre, l’une des deux chambres n’en aura plus. Une chambre fermée la nuit, occupée par une ou deux personnes, se charge vite en humidité. Il faut prévoir une entrée d’air sur la menuiserie de chaque pièce et un détalonnage des portes pour que l’air circule jusqu’aux pièces d’extraction.
Le bruit entre deux chambres
Une cloison en plaques de plâtre simple, montée sans isolant, laisse passer les conversations, la musique, le réveil du voisin de chambre. Entre deux pièces où l’on dort, ce n’est pas un détail.
Une cloison sur ossature métallique avec une laine minérale dans l’épaisseur, et si possible deux plaques de chaque côté, change nettement le résultat. Le soin porté aux jonctions compte autant que l’épaisseur : la cloison doit être désolidarisée du sol et du plafond par une bande résiliente, et les prises électriques ne doivent pas être posées dos à dos. Les principes sont développés dans l’article sur l’isolation phonique entre pièces.
Sur un plancher bois, une part du bruit passe aussi par le sol, sous la cloison. On ne la supprime pas complètement, mais une cloison posée sur une bande résiliente limite la transmission.
Ce qui complique les choses dans une maison ancienne
Dans les maisons anciennes, les grandes pièces sont souvent celles qui ont gardé leur décor : cheminée, parquet à points de Hongrie, plafond mouluré avec une rosace centrale. Une cloison qui coupe une rosace en deux ou qui vient buter au milieu d’une corniche laisse un résultat maladroit, et il est difficile de revenir en arrière.
Il vaut mieux regarder où tombe la cloison par rapport à ces éléments avant de choisir son emplacement, quitte à décaler de quelques dizaines de centimètres. Le raccord avec une corniche se traite proprement si on l’anticipe, comme on le voit en restaurant les moulures d’un plafond ancien. Pour la cheminée, il faut décider de quel côté elle restera, et si elle reste en service, ce qui joue sur la ventilation de la pièce.
Les murs peuvent aussi ne pas être d’équerre, et les plafonds pas tout à fait plans. Une ossature métallique s’adapte assez bien à ces irrégularités. Une cloison en briques plâtrières ou en carreaux de plâtre demande un support plus régulier et pèse plus lourd sur un plancher bois.
Les formalités
Monter une cloison à l’intérieur d’une maison individuelle ne demande en général pas d’autorisation d’urbanisme, puisque ni l’aspect extérieur ni la surface de plancher ne changent. Les choses évoluent si l’on crée une fenêtre, change une menuiserie de façon visible ou si la maison se trouve dans un secteur protégé.
En copropriété, une cloison dans les parties privatives ne demande habituellement pas d’accord, mais toucher à un mur porteur, à une gaine commune ou à la façade en demande un. Le règlement de copropriété précise ce qui relève de chacun.
Pour la revente, une chambre créée ainsi compte comme une pièce supplémentaire, à condition qu’elle ait sa fenêtre, son accès et son chauffage. C’est un argument de plus pour ne pas transiger sur ces trois points, même si la cloison est pensée au départ comme provisoire.
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