Crédit renouvelable pour des travaux : pourquoi y regarder à deux fois
Crédit renouvelable pour des travaux : pourquoi y regarder à deux fois
La scène est fréquente. On passe en caisse dans une grande surface de bricolage avec une cuisine équipée, une fenêtre de toit ou un lot de carrelage, et on se voit proposer une carte du magasin avec une réserve d’argent « pour étaler le paiement ». La démarche est rapide, la réponse presque immédiate. Il s’agit pourtant, dans la grande majorité des cas, d’un crédit renouvelable, qui reste l’une des façons les plus chères de financer des travaux.
Il ne s’agit pas de dire qu’il ne faut jamais y recourir. Mais il vaut mieux savoir comment il fonctionne avant de signer, et surtout le comparer à ce qui existe à côté.
Un crédit qui ne finance pas un projet, mais met de l’argent à disposition
Un prêt travaux classique, qu’il soit affecté ou personnel, prête une somme précise, remboursée par mensualités fixes sur une durée connue à l’avance. On sait dès la signature quand il sera terminé et combien il aura coûté.
Le crédit renouvelable fonctionne autrement. La banque ou l’organisme de crédit accorde une réserve, par exemple 5 000 euros, dans laquelle l’emprunteur puise selon ses besoins. Chaque remboursement reconstitue une partie de la réserve, qui peut de nouveau être utilisée. Il n’y a donc pas de fin naturelle au contrat tant qu’on continue à s’en servir.
Ce fonctionnement convient à des dépenses ponctuelles et imprévues. Il se prête mal à un chantier, qui a un budget, un début et une fin. La différence entre un prêt affecté et un prêt personnel se joue sur le lien avec les travaux. Avec le renouvelable, la question ne se pose même plus : l’argent n’est rattaché à rien.
Le coût, premier point à examiner
Les taux pratiqués sur les crédits renouvelables sont en général nettement plus élevés que ceux d’un prêt personnel ou d’un prêt affecté, et ils se situent souvent près du plafond légal. Ce plafond, le taux d’usure, est fixé pour chaque catégorie de crédit et chaque tranche de montant. Les mécanismes en sont expliqués dans l’article sur le taux d’usure et les refus de prêt travaux.
Le taux est le plus souvent révisable. Il peut évoluer pendant la vie du contrat, dans les conditions prévues par celui-ci. Le coût total dépend en outre de la façon dont on rembourse : une petite mensualité rassure, mais elle étire la durée et fait payer des intérêts sur un capital qui baisse très lentement.
Pour un ordre d’idée, prenons 4 000 euros de travaux. Remboursés sur trois ans avec un prêt personnel à un taux raisonnable, ils coûtent quelques centaines d’euros d’intérêts. Avec un crédit renouvelable à un taux deux ou trois fois plus élevé, l’écart peut atteindre plusieurs centaines d’euros supplémentaires, davantage encore si la réserve est réutilisée en cours de route. Le seul moyen de comparer proprement est de mettre côte à côte les TAEG et le coût total indiqués dans chaque offre, selon la méthode détaillée pour comparer des offres de prêt travaux.
Ce que la loi encadre
Plusieurs règles du Code de la consommation limitent les dérives qui ont longtemps été reprochées à ce type de crédit.
Chaque mensualité doit comporter un remboursement minimal du capital. La durée de remboursement est plafonnée : 36 mois lorsque la réserve utilisée ne dépasse pas 3 000 euros, 60 mois au-delà. On ne peut donc plus rembourser indéfiniment des intérêts sans voir le capital baisser.
En magasin, lorsqu’un vendeur propose un crédit renouvelable pour un achat d’au moins 1 000 euros, il doit aussi proposer une alternative sous forme de crédit amortissable. Peu de clients la demandent, alors qu’elle est souvent moins chère. Et lorsqu’une carte de magasin combine fidélité et crédit, le paiement se fait par défaut au comptant : l’utilisation du crédit doit résulter d’un choix exprès du titulaire.
Enfin, comme pour tout crédit à la consommation, l’emprunteur dispose d’un délai de rétractation de quatorze jours après la signature.
L’effet sur un emprunt futur
C’est un aspect auquel on pense rarement au moment de signer en caisse. Un crédit renouvelable ouvert, même peu utilisé, figure dans la situation financière examinée par une banque lors d’une demande de prêt immobilier ou d’un prêt travaux plus important.
Certaines banques retiennent la mensualité correspondant à la réserve totale disponible, et non à la seule somme utilisée. Une réserve de 3 000 euros jamais entamée peut donc peser dans le calcul, au même titre qu’un crédit en cours. Le raisonnement est détaillé dans l’article sur le calcul du taux d’endettement pour un prêt travaux. Avant de déposer un dossier pour acheter ou pour financer un chantier important, résilier les réserves inutilisées est souvent un conseil donné par les courtiers et les conseillers bancaires.
Quand peut-il dépanner
Il existe des situations où un crédit renouvelable rend service sans coûter très cher. Un remplacement de chaudière en urgence en plein hiver, une fuite qui impose d’intervenir tout de suite, une dépense de quelques centaines d’euros que l’on sait pouvoir rembourser en deux ou trois mois. Dans ces cas, la rapidité de mise à disposition compte plus que le taux, et la courte durée limite les intérêts.
Il peut aussi servir de solution d’attente quand une aide à la rénovation est accordée mais pas encore versée. Ce rôle est toutefois mieux tenu par des dispositifs prévus pour cela, comme certains prêts d’avance, et l’écart de coût peut être important sur un montant de plusieurs milliers d’euros.
En dehors de ces cas, pour un vrai projet de travaux dont le budget se compte en milliers d’euros, un prêt personnel ou affecté, voire un éco-prêt à taux zéro lorsque les travaux sont éligibles, sera presque toujours plus avantageux.
Si un crédit renouvelable a déjà servi à financer le chantier
Ce n’est pas irréversible. Le crédit renouvelable peut être remboursé par anticipation à tout moment, sans indemnité, ce qui est un de ses rares avantages. Si une épargne se reconstitue ou qu’une aide arrive, l’affecter en priorité au renouvelable, le crédit le plus cher, est généralement le choix le plus rationnel. Les principes généraux du remboursement anticipé d’un prêt travaux aident à arbitrer entre plusieurs crédits.
Lorsque plusieurs crédits à la consommation se sont accumulés autour d’un même chantier, une autre piste consiste à les remplacer par un prêt unique à taux fixe, moins cher et plus lisible. Avant d’en arriver à une opération plus lourde comme un regroupement de crédits, une simple demande de prêt personnel pour solder le renouvelable suffit parfois. Une fois le solde à zéro, il reste à demander la résiliation du contrat par écrit, pour que la réserve ne soit plus prise en compte lors d’une prochaine demande de prêt.
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