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Rénover une maison en granit ou en schiste : murs, humidité et radon

2a Architecte
· 8 min de lecture
maison travaux
Maison ancienne aux murs en pierre grise sombre et toit d'ardoise

Rénover une maison en granit ou en schiste : murs, humidité et radon

Le granit a une réputation de pierre indestructible, et elle n’est pas usurpée : il résiste au gel, s’use très peu et ne craint presque rien en surface. Pourtant, les maisons anciennes construites avec cette pierre, ou avec du schiste, connaissent leur lot de problèmes d’humidité et de confort. La raison est simple : un mur ancien n’est pas fait que de pierres. Ce qui vieillit mal, c’est tout ce qu’il y a entre elles.

On rencontre ces maisons surtout dans l’ouest de la Normandie, là où le sous-sol appartient au Massif armoricain : une grande partie de la Manche, le sud de l’Orne, le Bocage au sud du Calvados. Plus à l’est, autour de Caen ou dans le Pays d’Auge, ce sont plutôt le calcaire, le silex ou le pan de bois qui dominent. Les deux familles de bâti ne se rénovent pas tout à fait de la même façon.

Comment est construit un mur en granit ancien

Sur la plupart des maisons rurales, le mur fait souvent 50 à 70 cm d’épaisseur. Il se compose de deux parements en moellons plus ou moins équarris, avec entre les deux un remplissage de pierraille et de mortier, parfois de terre. Les pierres de taille soigneusement appareillées se limitent en général aux angles, aux encadrements de baies et aux façades les plus nobles.

Le granit lui-même est peu poreux. L’eau ne le traverse pratiquement pas. Elle passe en revanche par les joints, ruisselle le long des pierres et finit par atteindre le cœur du mur, où le mortier ancien est souvent friable. Un mur en granit peut donc être très humide alors que chacune de ses pierres est parfaitement saine.

Le schiste se comporte un peu différemment. Il se délite en feuillets, et sa résistance varie beaucoup d’une carrière à l’autre. Certains schistes très compacts vieillissent aussi bien que le granit. D’autres, plus tendres, s’écaillent sous l’effet du gel lorsque l’eau s’infiltre entre leurs couches. Sur une façade en schiste, il n’est pas rare de voir des pierres qui se sont désagrégées à côté d’autres restées intactes depuis deux siècles.

Les joints, véritable point faible

Puisque la pierre ne laisse pas passer l’eau, tout se joue au niveau des joints. Un rejointoiement au ciment, fréquent dans les décennies passées, est particulièrement mal adapté à ce type de mur. Le ciment fissure à l’interface avec une pierre très dure, l’eau s’infiltre par ces microfissures et ne peut plus ressortir, puisque ni le joint ni la pierre ne la laissent s’évaporer. Elle reste alors piégée dans le remplissage du mur et migre vers l’intérieur.

Un mortier de chaux, plus souple et perméable, laisse le mur sécher par ses joints. C’est en général la solution retenue sur ce bâti, selon les mêmes principes que ceux détaillés pour choisir entre chaux et ciment sur un mur ancien. Sur le granit, le dégarnissage des anciens joints ciment demande toutefois de la patience : la pierre est dure, mais ses arêtes peuvent s’épaufrer si l’on force avec un outil mal adapté.

Un détail qui a son importance : beaucoup de façades en granit étaient autrefois enduites, ou du moins jointoyées à pierre vue, et non laissées en pierre apparente avec des joints creusés profondément. La mode des joints très en retrait, qui met en valeur chaque moellon, augmente la surface exposée au ruissellement. Sur une façade battue par la pluie, un joint plein, arasé au nu de la pierre, protège mieux le mur.

Une sensation de paroi froide, même sur un mur sec

Les habitants de maisons en granit le disent souvent : même chauffée, la pièce paraît fraîche près des murs. C’est un effet réel. La pierre dense conduit bien la chaleur, et sa surface reste froide en hiver. Le corps perd de la chaleur par rayonnement vers ces parois, ce qui donne une sensation d’inconfort même quand l’air est à bonne température.

Cette paroi froide favorise aussi la condensation, surtout dans les pièces humides et mal ventilées. Il faut savoir faire la différence entre cette condensation de surface et une humidité qui vient du mur lui-même : remontées par le sol, infiltrations par les joints ou par un pied de mur enterré. Les causes et les signes de chacune sont décrits dans l’article sur l’humidité des murs dans une maison ancienne.

Pour corriger la paroi froide, une isolation intérieure est souvent envisagée. Sur ce type de mur, le choix de l’isolant compte autant que son épaisseur. Un doublage étanche à la vapeur, collé contre un mur qui reçoit encore de l’eau par ses joints, peut déplacer le problème au lieu de le résoudre : l’humidité s’accumule derrière, invisible, jusqu’à l’apparition de moisissures. Les isolants perméables, comme la fibre de bois ou les enduits chaux-chanvre, laissent le mur continuer à sécher vers l’intérieur. Ils supposent cependant que les entrées d’eau aient été traitées en amont.

Lorsqu’on souhaite conserver la pierre apparente à l’intérieur, sur un pignon ou un mur de séjour, les précautions sont proches de celles décrites pour traiter un mur en pierre à l’intérieur. Il faut simplement accepter que cette paroi restera la plus froide de la pièce.

Le radon, une question à poser dans ces secteurs

C’est le point que l’on oublie le plus souvent, et pourtant il concerne directement les régions granitiques. Le radon est un gaz radioactif naturel, issu de l’uranium présent dans certaines roches, en particulier les granits. Il remonte du sous-sol et peut s’accumuler dans les pièces basses d’une maison mal ventilée. Une exposition prolongée à des concentrations élevées constitue un facteur de risque reconnu de cancer du poumon.

Les communes françaises sont classées en trois zones selon leur potentiel radon. Plusieurs communes de la Manche, de l’Orne et du Calvados figurent en zone 3, celle où le potentiel est jugé significatif, mais ce classement se vérifie commune par commune sur la cartographie officielle publiée par les pouvoirs publics. Dans ces communes, l’information sur le radon fait partie de l’état des risques remis à l’acheteur ou au locataire.

Être en zone 3 ne signifie pas que la maison présente forcément une concentration élevée. Cela dépend de la nature du sol sous le bâtiment, du plancher bas et de la ventilation. La seule façon de le savoir est de faire une mesure, avec un dosimètre posé pendant au moins deux mois, de préférence en période de chauffe, dans les pièces habitées du niveau le plus bas.

Une rénovation est le bon moment pour traiter cette question, car les solutions recoupent celles d’autres travaux. Un plancher sur terre battue ou un dallage fissuré laisse passer le gaz. Améliorer l’étanchéité du plancher bas, ventiler correctement un vide sanitaire ou une cave et assurer un bon renouvellement d’air dans les pièces suffisent souvent à faire baisser les concentrations. Le paradoxe est qu’une rénovation énergétique qui rend la maison plus étanche à l’air, sans ventilation adaptée, peut augmenter la teneur en radon. Mieux vaut donc faire une mesure avant les travaux, puis une seconde après.

Façade, toiture et ouvertures

Le nettoyage d’une façade en granit pose moins de risques que celui d’une pierre tendre. La pierre supporte un lavage à l’eau sous pression modérée sans dommage, alors qu’un calcaire y perdrait sa couche protectrice, comme on le voit dans l’article sur la rénovation d’une maison en pierre calcaire. Ce sont les joints anciens qui risquent d’être emportés par un jet trop puissant. Le schiste, lui, demande plus de douceur, car l’eau sous pression peut s’insinuer entre les feuillets.

Sur ces maisons, la couverture est souvent en ardoise, ce qui va de pair avec les régions de schiste. Une reprise de toiture est aussi l’occasion de vérifier les solins, les rives et les pieds de pignons, par où l’eau pénètre fréquemment dans le haut des murs.

Créer ou agrandir une ouverture dans un mur en granit est un chantier lourd. Il faut reprendre le linteau, les jambages et parfois l’appui dans une pierre difficile à tailler, et le mur épais à double parement se prête mal aux interventions rapides. Selon la commune et le secteur, la modification de façade relève en général d’une déclaration préalable, et un secteur protégé peut imposer des exigences sur l’aspect des encadrements. Le service urbanisme de la mairie reste le premier interlocuteur avant de dessiner le projet.

Par où commencer

Sur une maison en granit ou en schiste, l’ordre des priorités tient en quelques questions. D’où vient l’eau qui entre dans les murs : joints, pied de mur, toiture ? Les joints sont-ils encore à la chaux ou ont-ils été refaits au ciment ? Le plancher bas est-il sur terre-plein, vide sanitaire ou cave ? Et la commune se trouve-t-elle dans une zone à potentiel radon significatif ?

Ces réponses orientent tout le reste, du choix de l’isolant au type de ventilation. Une grande part de ce bâti se trouve dans des longères ou des fermes du Bocage, dont l’organisation est détaillée dans l’article sur la rénovation d’une longère normande. Le granit pardonne beaucoup sur la pierre elle-même. Il pardonne beaucoup moins les erreurs faites autour.

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